Le microcrédit personnel accompagné ne peut pas, en principe, financer un rachat ou un regroupement de crédits. Les réseaux qui le distribuent l'excluent expressément : la Croix-Rouge précise qu'il ne finance ni dettes ni besoins de trésorerie, et les guides publics rappellent qu'il doit servir un projet d'insertion, comme la mobilité, la formation, le logement ou la santé.
Cette règle protège l'emprunteur : remplacer trois crédits renouvelables par un quatrième prêt ne règle rien si le budget reste déficitaire. Il existe pourtant des réponses sérieuses quand les mensualités étouffent un foyer modeste : renégociation accompagnée, restructuration par un dispositif bancaire solidaire, plan amiable, ou procédure de surendettement à la Banque de France, gratuite et suspensive de nombreuses poursuites.
Pourquoi le microcrédit exclut le remboursement de dettes
Le microcrédit personnel bénéficie d'une garantie de l'État, gérée par Bpifrance via le Fonds de cohésion sociale, à hauteur de 50 % du capital restant dû. Cette garantie vise à financer un projet qui améliore la situation de la personne. Un rachat de dettes de consommation ne crée aucune ressource nouvelle : il déplace simplement le problème vers un autre prêteur.
Concrètement, un accompagnant qui découvre trois crédits renouvelables impayés réorientera le dossier vers un diagnostic budgétaire et un traitement des dettes, avant d'envisager tout nouveau financement. Un microcrédit peut revenir plus tard, une fois la situation assainie, pour financer par exemple une voiture qui permet de garder un emploi.
Les exceptions qu'on rencontre sur le terrain
Certains dispositifs bancaires solidaires vont plus loin qu'un simple microcrédit. Point Passerelle, le service d'accompagnement du Crédit Agricole, cite parmi ses leviers l'aménagement des comptes et la restructuration de prêts existants, en plus du microcrédit. Il s'adresse d'abord aux clients de la banque frappés par un accident de la vie : perte d'emploi, séparation, maladie, décès d'un proche.
Exemple d'un foyer surchargé de crédits renouvelables
Karim et Léa, deux enfants, 2 350 € de revenus, remboursent 180 € sur une carte de magasin, 140 € sur un crédit renouvelable et 210 € pour une voiture : 530 € par mois, soit 22,5 % des ressources, avant un découvert permanent de 400 €. Un regroupement classique sur 84 mois réduirait la mensualité, mais alourdirait nettement le coût total et laisserait le découvert intact. Le conseiller étudiera plutôt la renégociation et la suppression des cartes.
Ce que change la durée sur le coût total
Allonger un remboursement baisse la mensualité mais augmente les intérêts. Sur 15 000 € de dettes, passer de 48 à 84 mois au même taux de 7 % fait baisser la mensualité d'environ 359 € à 226 €, mais le coût des intérêts grimpe d'environ 2 240 € à un peu plus de 4 000 €. C'est la raison pour laquelle les structures sociales privilégient l'analyse du budget avant tout nouveau contrat.
Comparer les solutions selon la situation
| Situation | Réponse adaptée | Coût pour le ménage |
|---|---|---|
| Mensualités lourdes mais payées | Renégociation avec chaque prêteur, clôture des cartes renouvelables | Gratuit |
| Accident de la vie, client d'une banque solidaire | Point Passerelle ou service équivalent : restructuration, conseil | Gratuit, nouveau taux éventuel |
| Retards répétés, pas encore de poursuites | Point conseil budget, Crésus, UDAF : plan amiable | Gratuit |
| Dettes supérieures aux ressources durablement | Dossier de surendettement à la Banque de France | Gratuit, inscription au FICP pendant le plan |
| Propriétaire avec revenus stables | Rachat de crédits par une banque ou un intermédiaire immatriculé | Frais, garantie, coût d'intérêts |
La démarche conseillée, étape par étape
- Lister toutes les dettes : prêteur, capital restant, mensualité, taux, retards éventuels.
- Établir un budget complet avec un point conseil budget, un CCAS ou une association comme Crésus, qui compte 225 points d'accueil.
- Contacter chaque créancier par écrit pour demander un report ou un échéancier, avant que les impayés ne s'accumulent.
- Si l'on est client du Crédit Agricole, solliciter Point Passerelle ; dans d'autres banques, demander le service dédié aux clients en difficulté.
- Si le déficit persiste, déposer un dossier de surendettement, en ligne ou au guichet de la Banque de France, avec l'aide de l'accompagnant.
Pièges et erreurs à éviter
Le piège le plus coûteux est le faux courtier en rachat de crédit. Les autorités signalent des escrocs qui imitent le logo de vraies sociétés, promettent de regrouper les prêts à un taux miraculeux, encaissent des frais ou détournent le nouveau prêt, et laissent la victime avec deux dettes. Un intermédiaire en opérations de banque légitime ne perçoit aucune rémunération avant le déblocage effectif des fonds.
Autre erreur : ouvrir un nouveau crédit renouvelable pour payer les mensualités des autres. Le cercle se resserre, et l'inscription au FICP intervient dès deux échéances mensuelles impayées consécutives, après une lettre laissant trente jours pour régulariser. Enfin, cacher une dette à l'accompagnant fausse le diagnostic et peut faire échouer le plan amiable.
Méfiez-vous aussi des annonces qui associent « rachat de crédit » et « sans justificatif ». Un regroupement sérieux exige toujours les offres de prêt en cours, les relevés de compte et les avis d'imposition, car l'intermédiaire doit vérifier la solvabilité et consulter le FICP. L'absence de questions est un signal d'alerte, pas un avantage.
Ce que la procédure de surendettement apporte
La commission de surendettement peut rééchelonner les dettes, réduire des taux, voire effacer une partie des sommes dues. Pendant le plan, l'inscription au FICP dure le temps du plan, dans la limite de sept ans, ou cinq ans en cas de rétablissement personnel. Contrairement aux idées reçues, déposer un dossier n'entraîne pas automatiquement d'interdiction bancaire.
Alternatives et appuis à mobiliser
D'autres soutiens réduisent la pression sans nouveau prêt. Le Crédit municipal de Paris propose un conseil budgétaire et du coaching gratuit ; les UDAF défendent les familles face aux frais bancaires et aux saisies sur compte ; la CAF peut accorder une aide ponctuelle ou un prêt d'équipement selon sa politique locale ; le CCAS peut prendre en charge une facture d'énergie urgente.
- Fonds de solidarité pour le logement (FSL) du département : dettes de loyer ou d'énergie.
- Offre bancaire spécifique « clientèle fragile » : frais d'incidents plafonnés.
- Aides des caisses de retraite pour les retraités en difficulté passagère.
- Microcrédit personnel, plus tard, pour un projet utile une fois les dettes réglées.
Vos questions sur le regroupement de dettes
Un microcrédit peut-il solder un découvert bancaire ? En règle générale non. Le découvert se traite par un échéancier avec la banque ou un plan d'apurement. Le microcrédit finance un projet, pas un solde débiteur.
Je suis au FICP, puis-je faire racheter mes crédits ? C'est très difficile auprès d'une banque classique. La voie réaliste passe par un accompagnement budgétaire puis, si nécessaire, par la commission de surendettement.
Point Passerelle est-il ouvert aux clients d'autres banques ? Le dispositif s'adresse d'abord aux clients du Crédit Agricole. Les autres banques disposent souvent d'un service comparable : demandez-le à votre conseiller.
Un site me propose un rachat contre 290 € de frais d'avance : que faire ? Ne payez rien. Vérifiez l'agrément de l'organisme sur les listes de l'ACPR et signalez l'offre. Aucun prêteur autorisé n'exige un paiement préalable.
Combien coûte un dossier de surendettement ? Rien. Le dépôt et l'instruction par la Banque de France sont gratuits, et un travailleur social peut aider à remplir le formulaire.
Organismes et offres à contacter
- Crédit Agricole – maîtriser son budget : Conseils de la banque qui porte Point Passerelle, dispositif d'accompagnement capable de restructurer les prêts de clients touchés par un accident de la vie.
- Crédit Municipal de Paris – conseil et coaching budgétaire : Le service Parcours Budget accompagne gratuitement les ménages d'Île-de-France pour reprendre la main sur leurs dettes avant tout nouveau financement.
